Immersion dans l’entraînement des chiens de traîneaux pour les courses longue distance.



Voici un aperçu des meilleurs moments de ma vie quotidienne en Suède à Muodoslompolo exactement pendant l’entraînement de chiens de traîneaux pour les courses longue distance. Certains passages et certaines photos sont aussi mixés avec une autre expérience similaire dans le sud de la Norvège.

Je souhaite par cette immersion vous donner une idée de la vie des mushers et de leurs chiens. Ce texte se veut être uniquement le récit de mon expérience personnelle.

Le site d’entraînement est isolé. Mon boss, que je nommerai BK, et moi sommes seuls présents la plupart du temps.


Quelques éléments sur les courses mentionnées dans le texte et qui vous permettront de mieux situer les enjeux :


BergebyløpetN70 : C’est l’une des plus longues courses de chiens de traîneaux au monde avec ses 650 km à travers le Finnmark (région au nord de la Norvège) et la seule à se courir complètement au-delà de 70° nord. Elle est également l’une des courses qui qualifie les mushers qui veulent participer à la Finmarksløpet, la plus longue course d’Europe avec 1200 km entre Alta et Kirkenes et retour à Alta.

Amundsen : Course de moyenne distance de 300 km en Suède avec un départ et une arrivée à Strömsund.


L’équipe de chiens (24):


Susi, Zephir, Frozen, Yeti, Berring, Beatle, Isla, Innoko, Alaska, Attila, Ulvang, Urengoi, Fridjof, Hero, Bongo, Nansen, Eagle , Kobuc, Rusty, Marley, Fennek, Rooney, Timpani, Ellim.



Mercredi 03 janvier (-15° matin, -33° soirée). Découverte des lieux et de l’équipe.


L’entraînement avec mes 24 collègues à quatre pattes commence pour moi. Début du travail à 8h, je prends la routine en main : donner à manger aux chiens, ramasser leurs crottes, harnais. Ça, je connais compte tenu de mes expériences passées. Ce matin, départ pour 2 x 40 kilomètres. Même si je connais bien les traîneaux et leur conduite car j’en ai déjà fait beaucoup, je ne peux m’empêcher de stresser un peu. Certains chiens n’ont pas couru depuis 5 jours et ils sont fous ! Pour commencer, j’ai une équipe de 8. Le départ se passe bien. Les chiens prennent leur rythme doucement et moi aussi. Je pense qu’ils se demandent : "Mais qui c’est celui-là, on ne l’a jamais vu ! ". Le traîneau est un traîneau de course. Toute la partie haute où se trouve le guidon peut basculer à droite et à gauche pour mieux prendre les virages. Le traîneau de BK possède une autre particularité. Il a un siège où il peut s’asseoir et une petite remorque derrière le traîneau, en plus du sac bagages à l’avant. Pendant les courses, il peut y mettre tout l’équipement obligatoire de sécurité, sac de couchage, couverture de survie, les snacks pour les chiens, sa nourriture, une seconde lampe frontale, couteau … Evidemment, rien n’est laissé au hasard.


Les paysages sont composés principalement de lacs et de forêts et parfois dessinent des lignes droites qu’on croit infinies. En course longue distance, on peut parfois rester 10 à 20 km sur une rivière gelée.

Sur le retour, lors du dernier 20 km, je glisse sur une piste préparée et damée par la motoneige. Beatle, un jeune mâle un peu fou, veut manger la neige afin de se rafraîchir. Il court mais fait un écart dans la poudreuse alors que le traîneau file à environ 13 km/h. Ses pattes de devant s’enfoncent dans la neige une demi-seconde, peut-être moins ! Le mal est fait. Il boitille. Je m’arrête, je regarde, je plie sa patte. Pas de réaction. Je décide de repartir doucement mais après 500 mètres cela s’empire. Je refais les mêmes gestes et, cette fois-ci, Beatle pousse un léger couinement qui me décide donc à le mettre sur mon traîneau avec moi. Mon patron est loin devant, la décision n’appartient qu’à moi. Beatle ne comprend pas bien sûr pourquoi je le prive de la fin de sa sortie. Il bouge, ne veut pas monter. Je pense que cela est sûrement dû aussi au fait qu’il ne me connaît encore. Je ne peux pas le faire courir. Tant bien que mal je le ramène, une main sur le guidon, une main à tenir le harnais pour éviter qu’il ne saute et parte rejoindre les autres coureurs. Il ne comprend pas que je fais ça pour son bien. A l’arrivée au chenil, le constat est sans appel. Il marche maintenant sur 3 pattes. La patte avant gauche est touchée. Il restera environ 1 semaine sans courir. Avec de la pommade et un petit massage tous les jours, il sera totalement rétabli. Je me serai bien passé de ce petit désagrément pour une première.


La journée a été fatigante et il fait très froid. La température est descendue jusqu’à -39° sur les lacs sur lesquels nous avons conduit, sans prendre en compte le vent et la vitesse du traîneau. La barbe qui gèle, les cils aussi. Je m’efforce de ne laisser aucune extrémité de mon corps au vent froid. Les vêtements adaptés au grand froid sont bien sûr indispensables. A mon avis, la sensation de froid peut être psychologique. Tant que l’on n’y pense pas ou que quelque chose nous occupe l’esprit on se sent mieux. Quand je travaille en tant que guide sur des activités, j’évite autant que possible de dire aux clients la température extérieure. Certaines personnes sont vite prises d’un sentiment de panique et de froid rien qu’à entendre les mots « -15 degrés » par exemple.



Jeudi 04 janvier (-10°). Entraînement rigoureux.


2x 40 km le matin, trente minutes de repos entre les deux premiers 40 km + 40 km en soirée après 4 heures de repos. Voilà le plan pour la journée. Les chiens sont entraînés aussi à repartir après de courtes périodes de 30 minutes, 1heure ou plus longues de 4h à 6h correspondant à ce qu’il risque de se passer en course lors des checkpoints. Les checkpoints sont des endroits où les mushers ont la possibilité de dormir, manger, récupérer du matériel, de la nourriture pour les chiens. Les mushers s’arrêtent à certains de ces checkpoints mais pas à tous. Ils s’arrêtent en fonction des distances qu’il y a à parcourir pour rallier le prochain arrêt, en fonction de l’entraînement des chiens ou des aléas de la course. Certains de ces checkpoints sont « mandatory » c’est-à-dire qu’un repos et un arrêt sont obligatoires afin, par exemple, que les vétérinaires disposent d’un peu plus de temps pour observer les chiens et également pour obliger certaines personnes à s’arrêter. Il y a aussi dans la plupart des courses un repos minimum à accorder sur l’ensemble de tous les checkpoints. (Exemple : Checkpoint numéro 2 et 4 : 6h mandatory rest mais au moins 15 h à accorder sur le total des 6 checkpoints de la course).

Jeudi 11 janvier (-17°). Tâches de handler.

Repos pour les chiens aujourd'hui mais pas pour moi. Ramasser les crottes, donner à manger fait partie de l’activité quotidienne incontournable.


De temps en temps, Il me faut aussi couper les ongles, les poils sous les pattes pour éviter les « snowball » ces petites boules de neige qui s’agglutinent sous les pattes quand il y a beaucoup d’humidité. Les chiens s’arrachent ces petites boules de neige ce qui les fait saigner et peut créer des infections si l’on n’y prête pas attention. Il me faut également mettre de la crème sur certains coussinets abîmés, dégager les entrées couvertes par la neige, masser certains chiens victimes de petites blessures comme Beatle par exemple. Je confectionne aussi des « neckline » et des « tugline », les lignes faites en corde qui relient les chiens à ligne principale attachée au traîneau.

Quelques chiens sortent du lot après cette première semaine. En effet, quand je travaille avec des nouveaux chiens, c’est à mon avis totalement normal de commencer à avoir ses « préférés » et de mieux se connecter avec certains : Ulvang, par exemple, est un chien de tête, à l’allure et la couleur du renard, chien de tête même si un peu têtu …. Bongo, Isla et Berring sont tout le temps heureux de courir et aiment l’attention et les caresses, enfin Beatle, le blessé, avec qui j’ai passé pas mal de temps. Je l’ai bien chouchouté, lui !



Dimanche 14 janvier (-15°). Garder le rythme et l’objectif.

La routine de l’entraînement de course reprend. 1x80 km aujourd’hui avec juste un snack de croquettes à peu près au milieu du trajet et durant 2 minutes maximum. Toutes les minutes perdues en course peuvent coûter cher, et, de toute façon, les chiens ne demandent qu’à repartir. Après 3 jours de repos, 4 pour certains et même 5 ou 6 pour ceux qui avaient été blessés, ils sont tous vraiment motivés, presque trop ... Je freine beaucoup pour ne pas aller trop vite et risquer de les blesser. L’objectif en ce moment est de faire ces 80 km sur un temps d’environ 6h. Tout dépend bien sûr de la piste. Un parcours sur une rivière gelée plate ira forcément plus rapidement qu’un entraînement en montagne ou dans la poudreuse.

Ces snacks aussitôt engloutis, c’est reparti pour la seconde moitié du parcours.



Lundi 15 janvier (-13°). Tempête de neige.


Début de l’entraînement « dur ». 80 km matin + 80 km soirée soit 160 km jour pour les chiens et pour moi aussi... Cela représente environ 12 heures à tenir sur un traîneau. Mais le temps capricieux en décide autrement. Ce sera donc 80 km dans la tempête de neige. Quand un parcours normal de 80 km doit nous prendre 6h, il nous aura fallu presque 9h aujourd’hui. Un entraînement toutefois très bénéfique pour les chiens car ils expérimentent la course même en condition difficile et apprennent aux leaders (les chiens de tête) à bien retrouver la trace du trail couvert par le vent et la neige. Une très grande d’attention est de rigueur pour le musher pour éviter d’aller trop vite et risquer de blesser les chiens. A certains moments, je ne parvenais plus à distinguer mes chiens de tête tellement la tempête était puissante. Je m’arrêtais et j’allais voir mon équipe un à un « oui, oui je suis toujours là ; oui, oui arrêtez d’aboyer, on repart ! » à la fois pour les rassurer et également pour tempérer les plus excités. Et je repartais.

J’étais la plupart du temps tout seul à entraîner. BK ne se joignait à moi que de temps en temps. Lorsqu’il se joignait à moi, nous partions souvent ensemble du chenil. Ensuite, on se revoyait à mi-chemin c’est-à-dire au point retour du parcours ou même parfois au chenil à la fin de l’entraînement. Aujourd’hui, avec la tempête, c’est un peu particulier. Tous les 8/10 km environ, BK s’arrête pour s’assurer que je le suis et que je n’ai pas pris un trail différent. Le trail n’est pas balisé et peut parfois être difficile à reconnaître. Dans ces conditions météorologiques très particulières, avec la visibilité réduite, je fais entièrement confiance à mes chiens qui connaissent le parcours bien mieux que moi. Je reconnais par moments, un lac, un arbre un peu particulier, une allée, une piste de motoneige. Pas de panique bien sûr car j’aime cette ambiance où l’on a presque l’impression que l’on défie gentiment la nature mais une grande vigilance est de rigueur.



Mardi 16 janvier (-12°). Dans le blizzard.

Le temps est pire qu'hier mais nous décidons une nouvelle fois de refaire un 80 km pour garder le rythme. Finalement, nous ne réussirons qu’à faire 60 km en 8h30. Nous avons dû faire demi-tour dans la deuxième partie du parcours car le trail était impossible à voir et le temps vraiment exécrable ! C’est une sensation particulière que de naviguer à l’aveuglette dans la tempête, un mix de sentiments entre appréhension, excitation et joie ...

Notre entraînement a lieu le plus souvent de nuit car, en plein mois de janvier, nous sommes toujours dans la nuit polaire. Cela veut dire que le soleil n’est pas revenu et que les journées sont très courtes. La lampe frontale est donc de rigueur.

Au jour le plus court, le solstice d’hiver du 21 décembre, nous avons une pénombre pendant à peu près 4 à 5 heures. C’est ce qui représente notre temps de « jour ». A 14h30, il fait déjà totalement nuit. Toutefois, quand le temps est clair, la lueur du jour laisse place aux étoiles et aux aurores boréales qui sont un spectacle absolument magnifique et unique.




Mercredi 17 janvier (-25°). Pas le temps de s’ennuyer.


Le temps se calme. Le départ doit se faire à 6 h du matin pour faire 80 km ce qui nous amène à 12 h. Puis six heures de sieste pour les chiens et c’est reparti pour 80 km et ainsi de suite. Six heures étant le temps moyen de repos aux checkpoints durant les courses. Un autre « handler » comme moi nous a rejoints cette semaine pour aider à l’entraînement. Un relais se crée entre lui, BK et moi. Aujourd’hui, cela veut dire lever à 3h30. 30 minutes de petit déjeuner copieux car il faut veiller à bien manger avant d’affronter le froid. Je place les chiens à la « stake out » une chaîne qui permet de mettre les chiens à côté du traîneau le temps de les faire attendre le moment du départ. Mise en place des harnais et des petites chaussettes qui protègent les pattes des chiens. C’est ce dernier moment que je n’aime pas particulièrement. Ce n’est pas si facile à mettre surtout sur un chien qui n’a pas spécialement envie d’en porter et il faut être assez rapide car l’opération ne peut pas se faire avec des gants et les mains s’engourdissent très vite. Sur certains coussinets où il y des fissures ou des plaies nous mettons de la crème. Tout ça avec un bon petit -25° ce matin, rien de tel pour un bon réveil …




La petite technique pour se réchauffer les mains de temps en temps est de gratouiller le chien au niveau de l’estomac, une partie chaude, qui permet de se chauffer les mains le temps d’un bref instant. Et en plus, les chiens aiment ça.

Ok tout le monde est prêt. On s’habille chaudement les chiens comment à aboyer sérieusement. Il y a un déclic pour eux dès qu’ils me voient enfiler ma grosse veste d’hiver. Ils savent que le départ n’est pas loin. C’est parti pour 6h de traîneau « presque » sans arrêt … Une équipe de 12 chiens devant et 10 chiens derrière. L’équipe de 12 devant, c’est moi.




Jeudi 18 janvier (-18°). L’heure des sélections.


A la fin de cette semaine d’entraînement, 3 chiens sont mis de côté. Hero, Frozen et Innoko sont retournés au camp pour touristes. Tous les trois pour la même raison : les petites blessures aux pattes qui les font boîter depuis quelques jours : ligaments, tendons ou muscles qui leur font mal et qui ne guérissent pas. C’est ce genre de chiens qui risquent d’être « dropés » aux checkpoints c’est-à-dire des chiens qui ne finiront pas la course. Ces 3 chiens ne continueront donc pas dans l’équipe de compétition, du moins pas cette année. La sélection se fera comme cela au fur et à mesure pour garder les 14 chiens les plus forts qui courront dans 2 semaines au départ de la course « Bergebyløpet »



Lundi 22 janvier (-32°). Grand froid.


Aujourd’hui, les températures sont trop froides. BK a une règle impérieuse qui stoppe l’entraînement des chiens si les températures prévues le matin sont inférieures à -30° et constantes sur la journée. Je sors donc les chiens dans leur espace de détente pour qu’ils se défoulent un peu. Certains se dépensent mais bien sûr pas assez comparé aux 80 km minimum qu’ils parcourent presque quotidiennement. Certains restent même à côté de moi attendant que je les envoie à la stake out* (expliqué précédemment) en se demandant si nous partons en traîneau et ils ne comprennent pas quand je les remets dans leurs cages un peu après.



Mardi 23 janvier (-33°. Température remontée à -19° en soirée, descendue jusqu’à -41° la nuit d’avant). Journée éprouvante.


Toujours pas d’entraînement. Veille de neige, c’est pour cela que les températures remontent en soirée. Je pars dans l’après-midi refaire le tracé et damer la piste de 80 km avec la motoneige. Pour cela, j’accroche une palette en bois derrière la motoneige. Seul avec ma motoneige sur une si longue distance sans grand monde autour pour m’aider en cas de besoin, c’est encore une première pour moi. Portable obligatoire donc et vigilance de tous les instants. Pour refaire le trail, la vitesse maximum doit être de 30km/h. Trop vite ne damerait pas assez la piste. C’est tout de même très lent pour ce genre machine extrêmement puissante. Je m’en doutais. Le vent balaye le tracé sur certains endroits plus que d’autres. De temps en temps, je ne vois plus rien. Le patin de la moto atterrit dans la poudreuse, une neige plus soft que la piste damée (un bon mètre) et toute la motoneige suit ainsi que la palette. Je suis obligé de me sortir de la poudreuse avec la motoneige en accélérant à bon escient, debout en « gigotant » la moto de droite à gauche pour éviter qu’elle ne se réenfonce et permettre aux patins d’accrocher la neige. Il faut beaucoup jouer avec le poids du corps. J’ai dû refaire cet exercice plusieurs fois. Il faut environ 3h30/4h à BK pour refaire le tracé. Il m’aura fallu un peu plus de 5h pour une première et avec ces conditions météo très particulières. Avec les autres tâches quotidiennes incompressibles, ma journée de travail aura duré plus de 13 h dont 30 minutes de pause déjeuner. Une journée normale en somme.



Samedi 27 janvier (-18°). Derniers réglages.


A un peu plus d’une semaine du départ de la course, BK veut réaliser un entraînement pour sélectionner quels chiens feront partie de la course. 14 seront gardés sur les 21 encore en lice. Il va donc conduire lui-même les chiens pour décider ceux qui l’accompagneront.



Je prépare tout de A à Z. Harnais, préparation du traîneau, des chiens. BK n’a plus qu’à arriver et partir pour son entraînement. Assez frustrant je dois dire car le traîneau est la récompense de tout le travail fait en amont.


Lundi 29 janvier (-20°). La santé aussi...


Aujourd’hui, visite d’une vétérinaire qui regarde en détail tous les chiens susceptibles de partir à la course. Certains sont désormais « out ». Kobuc, n’aura pas tenu le rythme des kilomètres. Il avait un petit problème à l’épaule avant. Ellim également qui, finalement, a plusieurs petites blessures impossibles à détecter sans l’avis d’un vétérinaire professionnel.




Jeudi 01 février (-30°). Sélection impitoyable.


Je refais le trail en motoneige sur 120 km. Sur la route, j’enlève la neige des arbres pour éviter qu’ils ne cèdent sous son poids. J’ai avec moi une scie et une tronçonneuse. Certains arbres sont tombés et j’en coupe d’autres par précaution.





Dernier entraînement avant la course de 70 km. Bering n’a pas tenu le choc. Il rentre de ce run en boîtant. Un de mes préférés est « out » pour cette course. Mais il restera tout de même au chenil, ici, avec moi.





Samedi 03 février (-29°). Préparatifs de course.


Week-end de préparation au départ. Cela représente beaucoup de travail pour rassembler tout le matériel. BK n’en n’est pas à sa première course et je dois suivre un fichier imprimé m’indiquant toutes les choses à mettre dans la remorque. Je dois couper tous les petits snacks de viande, poissons, poulets dans différents sacs qu’il pourra utiliser aux checkpoints.




Je prépare aussi les paquets de bottines neuves pour les chiens. Toutes les bottines sont changées à chaque checkpoint et elles ont des couleurs différentes en fonction des tailles de chaque coussinet des chiens. C’est un gain de temps énorme de devoir faire ça bien avant.



Je change les vieux « runners » du traîneau pour des nouveaux. Les « runners » sont les deux bandes en plastique qui glissent et touchent la neige. Il y a différents « runners » pour chaque type de neige et de conditions météorologiques.

Je m’occupe de toute la préparation technique extérieure pendant que BK, lui, prépare ses formalités administratives, l’impression du dossard, le rassemblement des passeports des chiens, la recharge des batteries de lampes frontales...



Lundi 05 au Jeudi 08 février (-27°). Bergebyløpet N70.


Je n’accompagne pas BK à la course de Bergebylopet car il faut que quelqu’un s’occupe des chiens qui restent au chenil. Par contre, j’irai avec lui à la course « Amundsen » dans deux semaines.

Concernant les résultats de celle-ci, BK n’a pas réussi à terminer la course et « scratch » c’est-à-dire abandonne à environ 200 km sur 641 km. Le trail n’était pas bon du tout. Il a dû « droper » 2 chiens après 108 km et le premier checkpoint et gérer une bagarre avec des chiens d’une autre équipe voisine. Un troisième chien devant être dropé après le deuxième checkpoint le résout à devoir abandonner. BK était très mécontent des conditions et de la façon dont cette course s’est passée.



La moitié des équipes dans cette course ne finiront pas le parcours prévu… C’est une course réputée difficile car sur un tracé composé de montagnes et de plateaux dans le Finnmark, la région au nord de la Norvège. Les conditions météorologiques étaient aussi difficiles. La neige et le terrain sont bien différents de nos conditions de neige et d’entraînement en Suède. Je respecte beaucoup les personnes comme BK qui préfèrent abandonner et penser à leurs chiens avant leur égo, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas.



Dimanche 11 février (-7°). Reprise de la routine.



La routine reprend. Les entraînements s’enchaînent 80/100/120 km. Une course est prévue dans moins de deux semaines. C’est la course d’Amundsen qui devait servir de préparation à la Finnmarksløpet la plus longue course d’Europe avec ses 1200 km. Malheureusement, n’ayant pas terminé la Bergebyløpet, BK n’est pas qualifié pour la Finnmarksløpet.


Mercredi 21 au Lundi 26 février. La course « Amundsen ».




Départ pour la course Amundsen vers 11h du matin. Environ 850 km à parcourir en voiture remorque et camping-car. Cela représente un peu plus de 10 heures de route. Nous devons faire quelques arrêts sur le trajet pour promener chaque chien les faire sortir de la remorque. Il est 21h et nous nous arrêtons à 300 km de Strömsund, le village où se trouve le départ de la course. Les chiens dormiront dans leurs boxs dans la remorque. Ils y sont habitués et ne se plaignent pas. Ce soir, sur ce petit parking au milieu de nulle part, il fait froid : -38°. La température est descendue à -42° sur la route.






Nous repartons tôt le matin et nous arrivons à Strömsund le jeudi 22 en milieu de matinée. Nous devons aller à la mairie pour le « check in » vétérinaire et l’enregistrement à la course. Les vétérinaires vérifient l’état des chiens et valident s’ils peuvent participer ou non à la course. Tout est bon pour nous. Les vétérinaires attribuent aussi une note à chaque chien en fonction de leurs besoins ou d’éléments à vérifier plus tard. Une attention particulière est portée sur la corpulence des chiens car ils vont perdre beaucoup de poids en dépensant énormément de calories pendant la course (de 8000 à 10 000 calories par jour). Un chien un peu fort, ce n’est pas grave. Un chien trop maigre dès le début de la course est susceptible de devoir être dropé s’il ne mange pas assez. Les vétérinaires garderont donc un œil sur lui le temps de la course.



Le vendredi, un meeting se tient pour les mushers, les handlers, les bénévoles et toutes les personnes qui veulent y assister et obtenir les informations nécessaires concernant le tracé, les checkpoints, les réglementations, les horaires… Le départ de la course est prévu à 17h30. BK est numéro 01, c’est-à-dire qu’il partira premier (les numéros sont tirés au sort). Les équipes partent à 2 minutes d’intervalle. BK est inscrit dans la catégorie dite « open » 12 chiens maximum et 287 km à parcourir.


C’est parti ! Première distance 120 km. J’aide BK au départ de la course et je file avec ma voiture et la remorque au premier checkpoint. J’arrive à Norråker à 1h45 du matin.

Il faut toujours faire reposer les chiens par rapport à la distance qu’ils viennent de parcourir et non par rapport à la distance qu’ils vont parcourir. Les chiens se reposeront donc 7h30. Un total de 12h est obligatoire sur le total de la course appelée « mandatory rest ».


Pendant que BK parcourt les distances en chiens de traîneaux, j’essaye de dormir malgré l’agitation de la course. Les courses de chiens sont très célèbres et sont vécues comme une fête pour les spectateurs qui y assistent. une course peut rassembler jusqu'à 800 chiens parfois.



En tant que handler, mon travail est de préparer l’arrivée de BK au checkpoint. Je le suis via un boîtier GPS installé sur son traîneau au début de la course. A chacune de ses entrées, je prépare une pulka avec tout le matériel nécessaire ainsi que les snacks pour les chiens (couvertures, jeu de bottines, stake out, pommades, crèmes…). Je suis autorisé à discuter avec lui, lui donner des conseils, sa position et celle de ses concurrents, sa vitesse sur la dernière distance. Je n’ai toutefois pas le droit de toucher aux chiens. C’est le règlement.



Deuxième distance de 64 km et retour au même checkpoint de Norråker. Une distance plus courte cette fois mais avec beaucoup de dénivelé. Au deuxième arrêt, les chiens se reposent 5 heures. Dernière distance 103km pour un total de 287 km. Départ de Norraker à 19h50.


BK termine la course à Strömsund le dimanche à 4h du matin à la 3ème place. Il est fatigué mais satisfait de faire un podium après la désillusion de la dernière course. Il termine par une bonne note et une très belle 3ème place à seulement 2h du premier et devant le 4ème à quelques minutes près. Fin de course intense que je suivais via le GPS que tous les mushers ont sur leur traîneau. Je suis également content pour lui. Mais pas le temps de trop s’attarder car je suis de nouveau autorisé à toucher les chiens et c’est donc moi qui m’occupe d’eux ce soir.

Le lendemain soir, toutes les équipes sont réunies autour d’un buffet pour la cérémonie de remise des prix. Le moment du trajet retour est venu et nous repartons à Muodoslompolo. Nous nous arrêtons une nouvelle fois au parking à 300km de Strömsund et il y fait toujours aussi froid (-36°).





J’espère vous avoir donné un aperçu de la vie trépidante, excitante mais aussi exigeante de l’entraînement pour les courses de longue distance de chiens de traîneau. Vous aurez aussi deviné le travail de patience, l’endurance physique et mentale nécessaire malgré la passion présente. L’homme et ses chiens forment une équipe soudée, tous entraînés comme des athlètes de haut niveau.




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